Anny SchneiderAuteure et Herboriste

Éloge de la pruche

Altière grand'mère–arbre, typique de notre région,
Jadis tu poussais en abondance ici, bien avant
Qu'arrivent en légion les premiers colons,
Qui ne voyaient avant tout dans la forêt qu'une source d'enrichissement.

Toi, chère grande pruche, dame de bonne compagnie 
Qui se tient de préférence regroupée en famille, 
Tu attires l'attention émerveillée des promeneurs éveillés, 
Par ta prestance vénérable et ta hauteur remarquable.

Pauvre vieille pruche ! Pour le profit rapide mais aussi ton malheur,
On s'est aperçu bien vite que ton écorce rugueuse, 
Pour tanner les peaux de bêtes était la meilleure, 
Car elle fut bientôt reconnue pour sa qualité supérieure.

Ainsi notre Haute-Yamaska devint bientôt fameuse, 
Et, grâce à ses pruches si nombreuses fut longtemps un pôle d'attraction
Pour les chasseurs fourreurs de tout le continent, 
Pendant que les tanneries se multipliaient allègrement 
Les prucheraies tombaient, une à une, tristement.

Les autochtones, premières nations, te vénéraient pour ton grand âge
Ta digne prestance maternante, le calme et la fraîcheur que tu dégages 
Même au plus fort de l'été, et ta façon unique de laisser filtrer la lumière 
Sans oublier le délice de tes rameaux, en tisane réconfortante, au cœur de hiver.


Les animaux aussi, connaissent tes nombreux atouts ragoûtants,
Et grignotent allègrement tes jeunes branches accessibles,
Nombreuses quand leurs parents fertiles et vaillants, 
Poussent tranquillement là où c'est encore possible.

Dans les vieux boisés de feuillus mêlés, les sols humides
Et néanmoins ensoleillés, de tes vigoureuses racines obliques, jusqu'à tes hautes cimes,
Tu survis, même à flanc de colline, accrochée aux rochers.
Avec ton grand ami le pin blanc, tu es le plus remarquable résineux d'ici, 
Unique au monde, mais hélas lui aussi, presque disparu sous les scies.

Chère pruche si généreuse ! désormais nous tenterons
De te préserver pour ceux qui nous suivrons , 
Pour que nous t'admirions encore longtemps,
Que nous nous reposions souvent sous ton ombrage bienveillant 
Pour nous-mêmes, nos enfants et les leurs, il faut que nous agissions,
Pour ta protection autant que pour notre bonheur !

Anny Schneider, Herboriste et fille des bois universelle. Shefford 

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