Anny SchneiderAuteure et Herboriste

La vie est si fragile...

Il y a  déjà deux cent lunes, en début de matinée,
Quand une forte tempête de vent s'est levée,
Que notre ami François a enfin réussi à décoller...
Depuis des semaines, il se battait en duel inégal
Contre ce crabe épouvantable qui rongeait ses os,
Et  la grande faucheuse a gagné, qu'il avait longtemps éloigné 
À coups de refus, de volonté et d'amour de ses proches,
Surtout de ses sœurs, son fils et son amoureuse,
Qui faisaient rempart comme une armée valeureuse, 
Sans oublier un vrai bon docteur,
Attentif et respectueux, au grand cœur,
Qui tous ensemble se liguaient pour soulager ses terribles douleurs.

Selon sa volonté, François est parti de chez lui,
Entouré de ses proches autour de son lit,
Dans sa petite maison collée sur le bois Miner qu'il aimait tant.
Je le vois encore, scrutant l'horizon vers le rang Bergeron,
Au  crépuscule rougeoyant disant : « Oh, comme  c'est beau,
comme  c'est bon! »
De la même façon, au ralenti , attentif comme jamais, 

Il se penchait sur un phlox rose ou un vieux pommier encore vivace...


Ce qu'il préférait néanmoins, c'est de tenir fort comme jamais  la main d'un de ses bien-aimés,
Et qu'il reste là, à ses côtés, longtemps et de très près,
Pour entendre leurs histoires vraies ou leurs mots d'amour murmurés.

Il avait grand soif de messages d'espoir et sur ce qui advient de notre âme,

Car malgré la souffrance lancinante qui lui poignardait les flancs,

Même sous narcose puissante et presque inconscient,

Il combattait encore , pour s'attarder dans ce corps ravagé 

Et rester parmi ceux qu'il aimait tant.


Sombre ironie, ce guerrier du quotidien avait surmonté bien d'autres épreuves,

Et trop souvent forcé,  pour  atteindre enfin son idée du bonheur.

Justement, quand il avait finalement résolu ses problèmes financiers,

Trouvé son nid rêvé et même un grand amour inespéré,

Fait un beau voyage et commencé à respirer,

C'est alors, à la mi-cinquantaine, que le destin l'a frappé de plein fouet

Avec la maladie du siècle, par qui la moitié d'entre nous vont succomber prématurément,

À un moment où l'on commence à peine à récolter les fruits des efforts accumulés.


Le ciel doit bien savoir pourquoi, Il est venu chercher si tôt cet homme-là :

Un être rare, bon, juste, égal à lui-même, 
Toujours souriant et serviable,
Simple, sensible et aimable,
Plutôt sobre, sportif, sans vice ni malice...
Ce sont toujours les meilleurs qui partent trop vite,
Peut-être qu'ils ont trop tôt compris de quoi est fait cette vie,
Et qu'ils seront plus à leur place dans les troupes divines?

François n'était pas tout à fait un saint, mais presque, vers la fin,
Dans son dépouillement si touchant et son combat acharné,
Il nous a rappelé qu'il vaut mieux être prêt tout le temps, 
Car qui peut prédire sa fin, même le plus malin?
Mais, en attendant, comme Ronsard l'a si bien dit :
« Il faut cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie, »
Et aussi s'assurer d'avoir compris l'essentiel,
D'avoir assez aimé, de s'être bien écouté,
De ne laisser que des belles traces,
Avant qu'on ne débarrasse le plancher
De la terre qui, elle, va continuer à tourner....

Anny Schneider, autre simple petite mortelle, Shefford.
Pour François Cournoyer, envolé le 29 septembre 2005
un matin de tempête vers neuf heures AM,  jamais oublié...

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