Anny SchneiderAuteure et Herboriste

Les cueillettes sauvages nutritives

«  Un médecin n'a nul besoin d'éloquence et de savoir littéraire mais d'une profonde connaissance de la nature et de ses bienfaits »

Theophraste Paracelse (1493-1541)

Durant la belle saison, les bois et les champs regorgent de concentrés de vitalité. Après quelques longs mois de dormance, avec le retour du soleil qui les réanime, réapparaissent de nombreuses petites plantules, pressées de fleurir et de se reproduire.

La plupart de celles qui sont décrites ici sont très répandues dans les bois et les champs du Québec, et presque toutes sont nutritives et en même temps, évidemment thérapeutiques.

C'est quand elles sont encore toutes jeunes et tendres, qu'elles sont les plus agréables à manger et aussi les plus bénéfiques, car plus riches en enzymes et en vitamines.

Note : C'est délibérément que nous évitons d'inclure les indigènes rares dans cette moisson printanière, car elles sont déjà bien assez menacées, comme le sont nos ultimes vieilles forêts….

Dans la plupart des cultures, les premières plantes du printemps sont recherchées avidement par les animaux comme les connaisseurs, en manque de verdure fraîche, riche en enzymes et en vitamines, si rares dans la diète traditionnelle d'hiver. La soupe aux herbes sauvages, en cure dépurative du Carême, se retrouve chez plusieurs cultures rurales, avec des variantes régionales. Pour s'assurer de la bonne qualité des plantes qu'on va utiliser il faut bien sûr choisir des lieux de cueillette sains, loin de toute source de contaminants, humains et agricoles, loin des routes fréquentées et des agglomérations. Il faut aussi, bien sûr et systématiquement, demander leur permission aux propriétaires des lieux de récolte, se limiter à un plant sur vingt et épargner les racines, et ne jamais cueillir dans les parcs ni les réserves protégées.

Voici quelques plantes sauvages nutritives parmi les plus accessibles :

L'Asclépiade : (Asclépias syriaca et autres…) Dès son apparition, on cueille la tige charnue semblable à l'asperge et on la faire bouillir dix minutes dans l'eau qu'on pourra boire aussi.

À un stade plus avancé, vers la mi-juillet, on peut aussi cueillir les boutons floraux quand ils sont encore verts et cuits plus rapidement encore ou ajoutés à une omelette ou une soupe. Ce sont de bons cholagogues, dépuratifs et purgatifs. Attention! À cause de leur haute teneur en lactones laxatifs, ne pas en avaler plus de dix à la fois, aussi parce que ses magnifiques fleurs au parfum capiteux charment les sens, et que son nectar nourrit les si jolis papillons monarques, déjà en danger. Les toutes jeunes cocottes cuites à la vapeur peuvent aussi se grignoter ou encore on pourra utiliser leur duvet hémostatique comme pansement d'urgence.

Chénopode (Chenopodium album et sp.) On lui doit cette expression : « Ne jetez pas vos choux gras! » Effectivement, cette adventice des jardins, largement échappée de culture est extrêmement nutritive,surtout toute jeune. Tout simplement la faire cuire à la vapeur, rapidement ou l'incorporer à une soupe sinon la broyer des patates pour en faire une purée verte enrichie.

C'est une des plante du monde occidental la plus riche en vitamines et oligo-éléments.

Ses graines mûres sont très riches en lipides et en protéines et représentent un bon aliment de survie.

Mauve : (Malva moschata) : Dès le dégel, on peut cueillir ses petites feuilles en rosette, riches en vitamines (A,CetE) et en chlorophylle et l'incorporer à une salade. Plus tard en été, on peut aussi manger ses jolies fleurs blanches ou roses et doucement laxatives, crues de préférence pour préserver ses mucilages si fragiles.

Ortie (Urtica dioïca) Cette piquante amie ne nous veut que du bien mais se défends comme elle peut contre ses nombreux prédateurs. C'est une des plante les plus riches en minéraux :fer, magnésium, calcium, potassium et silice, mais contient aussi beaucoup de vitamine A, de l'acide gallique et formique sans oublier des glucides, des protéines, presque un repas complet en soi!

Pour les manger entières, on cueille surtout les jeunes feuilles supérieures assez tôt au printemps et on en fait des soupes savoureuses. Plus tard, on se contentera d'en boire le bouillon ou la décoction, pour leur effet dépuratif, diurétique, tonique et reminéralisant.

Oseille (Rumex acetollosa) : Cette petite surette en forme de flèche est très répandue dans les friches acides et mal drainées. Ce sont ses feuilles qu'on utilise ajoutées à une salade, broyée et mélangée à de la crème sûre dans une trempette ou même en potage adouci au yoghourt ou à la crème sûre, par exemple. Elle aussi contient presque toutes les vitamines, de la chlorophylle, mais du fer et de l'acide oxalique. A éviter néanmoins en cas d'arthrite aiguë et de pierres aux reins.

C'est bon dépuratif sanguin, régulateur et acido-basique. Le jus en lotion externe combat les taches pigmentaires, de vieillesse, la peau grasse et favorise la cicatrisation des plaies.

Pissenlit : (Taraxacum officinale) Le pissenlit est sûrement la plante du printemps la plus attendue par les connaisseurs. Ce sont ses feuilles en rosette qu'on coupe à ras pour en faire des salades savoureuses dès le mois d'avril. Dès qu'elles montent en fleur son latex amer est moins agréable à consommerquoique ses tiges finement hachées se mélangent bien à une laitue plus douce ou une salade de carottes dont elles décupleront les bienfaits pour le foie.

On peut aussi consommer les pétales ou ligules bien séparés, de ses capitules ensoleillés et aider notre vésicule autant que nos yeux et le système immunitaire. La racine se cueille de préférence en automne où elle s'est chargée de toute la chaleur de printemps mais tout de même elles offrent à l'année leurs vertus diurétiques qu'on les mange crues, cuites à la vapeur ou simplement en décoction.

Stellaire ( Stellaria media) Cette toute petite plante au feuillage brillant très fin et aux petites fleurs en étoiles blanches est entièrement comestible. Même si ses feuilles et fleurs sont tendres, il est conseillé de les faire blanchir très rapidement à cause de sa haute teneur en vitamine C, pour les consommer en soupe ou encore, on peut les faire mariner dans du vinaigre mélangés à quelques aromates pour profiter de leurs vertus en toute saison.

La stellaire vidange les mauvais gras accumulés et circulant dans la lymphe, elle calme et renforce aussi le système nerveux, en interne ou en peut même rasséréner son âme ,en fixant un certain temps sa minuscule petite fleur, si rafraîchissante par sa candeur...

Voici quelques outils livresques pour vous donner le goût d'explorer et de déguster quelques fleurons de notre flore indigène. Pour aller plus loin, prenez un bon cours d'identification sinon d'herboristerie et munissez-vous de bons guides comme ceux-ci!

Tous les guides Fleurbec surtout Plantes sauvages printanières 1ère édition 1981, augmentée et révisée sous le titre de Flore Printannière2002 etaussi Plantes sauvages comestibles 1981

L'incontournable Flore Laurentienne du Frère Marie-Victorin des Presse de l'Université de Montréal, la plus récente version étant toujours la plus compète Cuisinons nos plantes sauvages  de Denise Allaire Editions de l'Aurore 1977

Se nourrir, se guérir grâce aux Plantes sauvages Bianca et Alain Saury Editions Tchou 1977

Plantes sauvages comestibles un superbe cahier Herbart année 2000, Herbothèque... ? Trimestre ? Vérifier SVP

Plantes sauvages Médicinales, Anny Schneider Editions de l'Homme 1999

Et aussi : Arbres et Arbustes thérapeutiques (dont plusieurs comestibles!) 2002

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