Anny SchneiderAuteure et Herboriste

Même au Parc National de la Vérendrye, le massacre à la débusqueuse se poursuit!

En ce bel été 2004, avec mon ami herboriste comme moi, nous avons décidé d'explorer un nouveau parc naturel, celui de la Vérendrye, pour y trouver du repos et découvrir éventuellement quelques nouveaux spécimens de plantes médicinales plus rares dans le sud de la province.

Effectivement, la forêt de cette immense réserve faunique, où même la cueillette en quantité raisonnable est permise, regorge d'une grande diversité botanique, outre l'abondance de champignons, de petits fruits, de poissons et d'animaux à poils (nous y avons aperçu un ours ado adorable).

Nous avons repéré là, entre autres, des colonies immenses de comptonie voyageuse et de myrique baumier, des bactéricides puissamment aromatiques, sans oublier de gigantesques thalles de gaulthérie et de savoyane , grandes antiseptiques , anti-inflammatoires et virucides.

Que de trésors en abondance, à respecter toutefois par une cueillette parcimonieuse effectuée au bon moment, pour permettre la régénération naturelle, cela va sans dire.

Nous avons campé à plusieurs endroits agréables, près de ces lacs argentés aux plages étonnement sablonneuses et avons abouti, pas par hasard parce qu'il n'existe pas , près du barrage Dozois-Cabonga.

Je le savais déjà, l'ayant entendu de la bouche des éco-anarchistes qui avaient organisé dans le coin, un « gathering » il y a deux ans et qui récidivent cette année, mais il faut le voir pour le croire : sur ce chemin du barrage très abîmé par ces mastodontes- passent aux 15 minutes le jour, aux 30 minutes la nuit, des gros « trucks » chargés de bois fraîchement coupé, et ce, sans arrêt.

Je n'en revenais pas de voir une compagnie privée -en l'occurrence la Domtar- liquider ainsi les dernières forêts d'épinettes centenaires dans une réserve nationale , ce sans que personne sauf les soi-disant excités habituels, ne s'en soucie.

Le lendemain, nous avons abouti à Kokumville où nous avons parlé aux Algonquins et à quelques-uns de leurs amis d'autres tribus en visite et partagé un peu de leur rage et de leur révolte, fort compréhensible pour des gens qui voient s'opérer sous leur nez et sans aucune trêve depuis deux ans, ce massacre organisé d'un de leur rare territoire de chasse.

À part les chasseurs qui n'en doutent pas, chacun peut comprendre que si on détruit leur habitat et seule source de nourriture, les animaux vont fuir et les chasseurs devront les suivre et une fois de plus lever le camp, encore plus loin vers le nord, toujours plus loin…

Là encore, aucune garantie que les compagnies et grosses machines ne les suivront ou pire, ne les précèderont pas.

En tant que fille d'homme des bois, européenne et herboriste de métier, je ne comprends pas pourquoi un peuple comme les Québécois qui pourtant se sont établis ici et enrichis grâce à la forêt ne se soucient pas plus de son développement durable et ne réalisent pas le trésor qu'elle représente : debout, d'un morceau, vivante et diversifiée comme doit l'être une forêt mature, pour nourrir, soigner et abriter un maximum de formes de vies évoluées le plus longtemps possible.

J'espère qu'à part quelques rares artistes, visionnaires et les premières nations qui n'ont jamais douté de sa nécessité vitale, bien plus de gens vont s'alarmer à temps et comprendre que la forêt boréale, maintenant la plus étendue au monde, et l'oxygène qu'elle dispense ne nous ne demande maintenant plus rien d'autre que ça : qu'on lui fiche la paix!

 

Anny Schneider, auteure et herboriste sauvage inquiète.

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