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Montagne à vendre au plus offrant Depuis toujours, l'argent mène le monde mais pas toujours impunément, Raoul Vaneigem a dit dans Rien n'est sacré, tout peut se dire :
En tant qu'herboriste spécialisée dans la flore sauvage et immigrée dans les Cantons de l'Est depuis 25 ans, je connais la plupart des forêts et montagnes proches de chez moi et les arpente allègrement. Après l'arboricide quasi-total de la plaine Montérégienne, que les biologistes appellent maintenant le « Désert Montérégien » et la gentrification immobilière de nos petits monts cent fois millénaires, c'est l'avancée vers les Appalaches, premiers contreforts signifiants de nos rares montagnes boisées estriennes. Je me suis souvent rincé sous les cascades cristallines de la rivière Cerise, ai rêvé sous les grands bouleaux jaunes et hêtres des hauteurs de l'ouest, me suis réjoui de voir de grandes colonies d'indigènes médicinales (il faut en moyenne 100 individus de la même colonie pour en assurer la survie, ex : asaret, ginseng, lycopode, violette), et je me suis moult fois laisser émerveiller par la splendeur encore épargnée de ce flanc de la montagne Orfordienne. Il m'est intolérable de penser que c'est justement ce versant qui est visé par le grand plan de rentabilisation, et que comme l'autre, il se fera plumer sans vergogne. Ça m'ulcère d'y imaginer d'autres énormes poulies mécaniques, des foules bruyantes et griffées, et à ses pieds des golfeurs bedonnants aux sourires béats sur d'immenses pelouses cancérigènes rincées jusque dans nos cours d'eaux. Tout ça au nom du Dieu Argent et des impératifs absurdes de la société de spectacle et de loisir, idole aux pieds de béton, qui finira noyée dans des torrents de boue, sous les malédictions de nos petits-enfants, pour qui nous décidons de pactiser aujourd'hui avec Mammon ou de laisser faire. Intolérable, cette capitalisation absurde et à courte vue, sur l'inestimable beauté et utilité du vivant touchant le sublime, ce parachèvement indéniable du génie naturel : la montagne boisée de forêts matures, déjà si rares sous nos cieux. Sacrilège en vérité, que de morceler ainsi le bien public et d'hypothéquer en plus, des milliers de formes de vie destinées à nous éblouir, nous soigner et qui sait ? Nous nourrir un jour? « La liberté est fille des forêts, c‘est là où on se réfugie quand ça va mal! » disait Romain Gary dans on Education Européenne... Pensez-y, avant de collaborer à ce nouvel écocide concerté, fusse-t-il officiel ou encore, d'y consentir par votre silence. Cette montagne est un trésor et elle vaut bien plus que de l'argent ou de l'or, pour la défendre, ensemble on sera plus forts! Tous pour Orford! Anny Schneider, Herboriste sauvage solidaire, Shefford, 11 mars 2006. |