Anny SchneiderAuteure et Herboriste

Paroles d'ortie

L'ortie, mon amie, m'a dit tout ceci :
Que je vienne d'Europe ou d'Amérique,
Brûlante, dioïque, des bois, laportée, gracile ou urticante,
Que je chatouille à peine ou que je brûle franchement,
Dans mon essence, je suis presque toujours la même,
Bénéfique pour la plupart des animaux à sang chaud.
Plusieurs d'ailleurs, aiment me dévorer toute crue,
C'est pour ça qu'assez vite je me suis pourvue
De fines aiguilles gonflées d'histamine, d'acides formique et gallique,
Pour survivre au passage, à l'appétit des herbivores les plus stupides.

Les derniers arrivés dans l'évolution, et les plus finauds
Que sont les primates à deux pattes, parce qu'ils parlent eux, et se sont donné le mot 
Car depuis des siècles, ils se sont transmis les secrets de mes utilités.
Les plus intelligent (e)s, bien sûr, ont même appris à me reproduire 
Dans leurs espaces et dès le printemps, ils m'apprêtent comme il faut pour regéner leur sang
Avec mes plus tendres pousses vertes, celles des extrémités.
Un peu plus tard l'été, quand minéraux et cristaux commencent à saturer mes canaux,
Ils savent me préparer en bouillon bien dosé, pour nettoyer leurs rognons encombrés
Et surtout à leurs mâles fatigués, restituer leur vigueur et virilité et les rendre plus actifs.
Plus tard, mes fleurs et graines aussi, produisent de bons gras essentiels et une farine nutritive,
Qui nourrissent autant les glandes que les cheveux, des hommes comme des chevaux.

Les femmes avisées de jadis, savaient même tisser des étoffes résistantes de mes fibres cardées 
Et Milarepa le sage du Tibet, pour qui j'étais parfois l'unique aliment,
Brillait, grâce à moi. d'un beau hâle vert phosphorescent, 
Même Le grand Victor Hugo dans ses Misérables m'a célébrée pour mes vastes utilités !
Moi l'ortie, une autre de ces plantes pensantes, plus précise parfois qu'un ordi, 
Je repère et cible précisément ce qui, d'urgence vraiment, doit être évacué prestement.
Avec les reins et leurs chutes comme émonctoires privilégiés 
Je rétablis aussi, quand c'est demandé, par ma sagesse moléculaire intrinsèque,
Jusqu'aux principaux sièges régénérateurs des globules rougeoyants,
Rate, foie et surrénales, qu'on appelle aussi les mères du sang.

Justement, comme une maman bienveillante je suis aussi, moi la bonne vieille ortie,
Houspillant parfois au passage la chair en surface, je fais ainsi dériver le sang
Du foyer douloureux pour faire diversion salutaire, aidant à concentrer où vous le voudrez,
En activant et en ramenant chaleur et force, là où il le faut,
En renforçant les rognons, la ceinture et ce qui la sous-tend et en restituant son feu au sang,
Je suscite ardeur et courage, et parfois même, je sers à agrandir une famille au bon temps.
À vous tous qui contribuez à me protéger, à me reproduire et me célébrer ,
Du fumier des ruminants à la vigilance du jardinier qui m'aura amendé,
Je saurais vous remercier, bien autrement que superficiellement
En douceur et en profondeur, par-delà mes aiguillons acérés, promis, juré !

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